Programme du Colloque



XVIIIème Colloque de l'Aidelf

Leila Boufraioua

La famille patrilignagère à Sidi Ifni (Maroc) : vers un semblant d'immobilisme

Résumé:
Au début du 20ème siècle, le caractère tribal et rural de la société marocaine favorisait en général le mariage dans la parenté et, en particulier, entre cousins germains (Tillion, 1966). Les cérémonies du mariage étaient empruntes d'un syncrétisme culturel entre les coutumes tribales et l'Islam. Le mariage constituait un puissant régulateur social, car il était le seul cadre légal où s'exerçait la sexualité. La formation du couple était placée sous l'autorité des aînés qui veillaient à sa pérennité et à sa stabilité au cours du temps (Fargues, 2000, Naamane-Guessous, 2007). Mais le mariage n'était pas l'acte fondateur de la famille ; il avait plutôt pour vocation d'accroître et de renouveler en hommes le patrilignage (Lacoste-Dujardin, 1985). Néanmoins, depuis la seconde moitié du 20ème siècle et l'avènement de l'État-nation, ces structures familiales ont subi de profonds bouleversements. Selon les recensements de 1960 et 2004, au Maroc, l'âge moyen au 1er mariage a reculé de près de 8 ans, passant de 18 à 26 ans pour les femmes et de 24 à 31 ans pour les hommes (Recensement, 1966, 2004) ; paradoxalement, l'endogamie familiale est restée à un niveau stable (1/3 des mariages) et le célibat définitif est un phénomène relativement rare (autour de 3 %). Mais, à Sidi Ifni, le recensement de 2004 révèle des résultats démographiques surprenants pour la région : l'âge moyen au 1er mariage est de 31,5 ans (34 ans pour les hommes et 29 ans pour les femmes) alors qu'au niveau national urbain, l'âge moyen au 1er mariage est de 29,5 ans (32,2 ans pour les hommes et 27,1 ans pour les femmes). En l'espace de quelques décennies, l'âge moyen à la primonuptialité a reculé de dix ans, contribuant à faire de Sidi Ifni l'une des villes où la primonuptialité est la plus tardive du Maroc. Toutefois, l'enquête biographique que nous avons menée à Sidi Ifni, en 2009, révèle qu'un couple sur deux âgées de 17 à 35 ans (110 hommes, 188 femmes) vit encore dans une famille patrilignagère. Ainsi, malgré l'accès à l'éducation des femmes, l'allongement de leur scolarité et l'émergence d'un pouvoir de négociation lors du choix du conjoint, le maintien de cette structure famille semble résister aux évolutions sociales. Cette communication a pour objectif de vérifier quels sont les facteurs à l'origine de la survivance de ces formes familiales.

Modèles familiaux : changements socio-historiques
mercredi 22 juin 2016